Une première semaine à terre nous a permis de découvrir un peu la Martinique :

Ses distilleries et rhumeries diverses et fort nombreuses
Ses côtes au vent et sous le vent
Sa météo capricieuse
Ses restaurants (mention spéciale pour le Point de Vue près de Marigot, Chez Malou au Morne Rouge, et Pura Vida à Sainte Luce)
Mais pas sa Montagne Pelée restée cachée dans le brouillard.

Et de nous familiariser avec

Ses ti punchs
Le chant des grenouilles dès la tombée de la nuit
Ses moustiques
Ses mancenilliers (attention, danger)
Ses embouteillages qui n’ont rien à envier à la métropole….

 

L’heure est maintenant venue d’embarquer pour deux semaines de croisière aux Grenadines.

Le  Marin, nous voilà ! Embarquement sur Molène (1).

Amarres larguées jeudi midi, cap sur Sainte Lucie. Nous avons quitté la France, désormais l’anglais et les biwis sont de rigueur (du moins à terre).

Très rapidement l’équipe s’organise : préparateurs, goûteurs, consommateurs et nettoyeurs, pêcheurs, navigateurs et barreur évidemment.

Premier sujet d’étonnement : des noms de lieux parfois surprenants : Petit Tabac, Moustique, anse Canari, anse Cochon, anse Jambon, Troumaka… il y a même un Petit Bordel (curieusement je n’ai pas relevé de Gros Bordel !).

Deuxième sujet : les arcs-en-ciel extrêmement nombreux. L’explication est simple : il pleut souvent, voire très souvent.

Troisième sujet de préoccupation celui-là : le mouillage.

Il faut distinguer le mouillage à la bouée souvent proposé dans la plupart des ports et marinas dignes de ce nom (moyennant une poignée de billets) du mouillage à l’ancre beaucoup plus délicat : entre l’ancre qui dérape et refuse obstinément de crocher, et celle qui s’accroche quand on ne lui demande rien (et qui de surcroit nécessite l’intervention d’un plongeur volontaire pour la dégager), il y a peu de place pour celle normale qui croche où il faut quand il faut et comme il faut.

Particularité du mouillage dit « cocotier  » (d’usage à Cumberland Bay) :

une ancre à l’avant (vers le large) et une aussière à l’arrière frappée sur un cocotier (ou autre chose, tout dépend de ce qu’on a sous la main…). Manque de chance, l’ancre n’ayant pas croché à la première tentative, il a fallu recommencer la manœuvre (l’aussière arrière restant en place). Comme la jupe du catamaran paraît bien près d’un vieux ponton pourri et que les amarres sont souvent fatales aux poupes, des quarts de nuit de 2 heures ont été organisés par tirage au sort.

 

Après  la navigation, les repas constituent le sujet de préoccupation principal.

Un équipage heureux est un équipage abreuvé, rassasié, et reposé. Du point de vue du breuvage : rien à dire, il y en avait même trop. En revanche du côté solide, la mutinerie a bien failli gronder quand le pain est venu à manquer (les 5 baguettes payées à prix d’or aux Tobago Cayes n’auront pas suffi). Et Patrick n’aime pas les mutins, une bonne volonté s’est dévouée et a fait du pain avec les moyens du bord.

 

La vie à bord est rude, rythmée par le soleil (quand il se montre) et les apéros (sachons vivre !).

Entre deux navigations, l’équipage se repose, se livre à des expériences de chimie amusante, teste divers punchs, vaque à ses occupations domestiques, se livre à de menus bricolages (2) (réparation de latte de grand voile, ou de déchirure à grand renfort de strap et d’élastoplast), découvre les fonds sous-marins ou des terres inconnues, ou plus benoitement se livre à des jeux intellectuels (mots croisés, sudoku, anagrammes).

Les tentatives de pêche à la traine ne donnent hélas grand chose si ce n’est un spectacle de fous bruns (cousins locaux des fous de bassan), s’amusant dans le vent à plonger sur les leurres !

Le train-train quotidien est parfois rompu par une invitation à l’apéritif sur un bateau ami (c’est l’occasion d’apprécier les différents breuvages concoctés sur les bords respectifs), un barbecue sur une île avec observation in situ d’iguanes terrestres, ou encore une invitation à profiter des happy hours d’un bar voisin.

Par deux fois, on aura la chance de croiser un troupeau de dauphins.


Les nuits sont le plus souvent agitées de rafales de vent et de grains plus ou moins violents. Toutefois, le pyjama imperméable ne s’impose pas encore, quoique….on a entendu parler de hublots dont l’étanchéité laissait vraiment à désirer. A ce doux murmure se joignaient régulièrement les quintes de toux de membres de l’équipage récemment sortis de quarantaine.

 

Visites remarquables:

 

Port Elizabeth (Bequia) :

Son Whaleboner bar au mobilier en os et vertèbres de baleines,
Ses petites maisons bleues, orange, roses, accrochées à la colline,
Son artiste peintre Patrick Chevalier, également médecin et restaurateur (plats français du terroir),
Son marché de fruits et légumes, et ses marchands rastas typiques au doux regard plus qu’embrumé,
Sa plage à la sortie du port, accessible par un pittoresque sentier à flanc de falaise

 

Kingstown (St Vincent) :

Son marché aux poissons moderne (subventionné par le Japon ainsi que l’atteste la belle plaque apposée à l’entrée, si, si),
Son marché aux fruits et légumes, disposés en petites pyramides artistiques,
Ses rastas coiffés de l’énorme bonnet caractéristique, aux yeux pas toujours très clairs,
Ses marchands de tout et n’importe tenant boutique sur les trottoirs …

Comme il fait chaud et lourd malgré l’heure matinale, et que la pluie s’est remise à tomber (excellent prétexte), nous filons nous désaltérer au « bar » d’un hôtel sis non loin de la station de taxis. On se laisse séduire par le punch maison: EX-CEL-LENT, rien à redire.

 

Clifton (Union)

Son ambiance joyeuse et pittoresque,
Ses échoppes de fruits et légumes et de souvenirs divers,
Ses chèvres, chevreaux, chats et chiens qui déambulent librement dans la rue principale,
Ses maisonnettes peintes de couleurs vives,
Son  « Lambis bar » entièrement construit en lambis : une véritable hécatombe.

Mayrau

Son point de vue à 360°C sur les Tobago Cayes. Les plus courageux gravissent sous le cagnard la côte raide qui y mène et reviennent déshydratés mais ravis.

Cumberland Bay

Du mouillage cocotier (cf plus haut), on a le loisir d’assister à une cérémonie peu banale de baptême. Un homme, de l’eau jusqu’aux cuisses, tient une grande croix de bois face au large, tandis qu’un deuxième homme, de l’eau jusqu’à la ceinture, accueille le futur baptisé et procède au baptême proprement dit en l’immergeant totalement. Puis le baptisé sort de l’eau laissant sa place au suivant (aucun noyé à déplorer).

 

Une traversée mouvementée(Cumberland / Ste Lucie)

Le ciel plombé ne laissant augurer rien de bon pour le départ de Cumberland bay, Alain et Patrick ont revêtu leurs vestes de mer. En sus, Alain a prudemment chaussé son masque de plongée.

Dès la sortie de la baie, le vent se fait sentir, assez violent et la pluie commence à tomber drue. Mais le plus dur est à venir, en doublant la pointe de l’île de St Vincent en abordant le canal.[3]

Nota : pour la lecture du passage qui suit il convient d’endosser sa veste de mer, d’attacher son harnais, de se saisir du pommeau de douche (robinet grand ouvert évidemment)  et de tanguer autant que possible. C’est bon ? allez y …

 

A lire sur l’air de « Je suis le maître à bord »[4]

Et quoi les matelots vous avez tous la frousse

C’est vrai je le sais bien, il est vieux ce cata

Mais il reste du rhum, du vin et quelques  mousses

Pour le ramener enfin jusque la marina

Depuis 2 heures déjà le cata est en route

Le vent est contre lui, une mauvaise houle aussi

De tribord à babord, il va, il vient, il roule

Le cata va tanguant sous la force du vent

Bientôt c’est le « canal », on ne voit plus la terre     

La grand voile se déchire, il n’en reste plus qu’un tiers.

           

Ahhhhhh

Je suis le maitre à bord,

Encore je suis le maître

Les yeux me brûlent fort      

J’dois garder mes lunettes

Vivement ce soir mille sabords

Je vous promets bon pain, bonne douche

Oui mais avant faites un effort

Pour éviter qu’Molène n’se couche

Et maintenant le cap au Nord

Je suis le maitre à bord…

           

 

Depuis longtemps déjà, balancé par la houle

Le cata va bon train, et s’approche du Marin[5]

Mais l’équipage à jeûn depuis si tôt qu’il roule

Ressent alors grand faim et réclame du pain

Alors le capitaine, ne perdant pas la boule

Appelle les équipiers, leur dit je n’y peux rien

Voyez là-bas au loin, la terre se devine

Ce soir nous y boirons du whisky et du gin !

           

Ahh !

            Je suis le maitre à bord

A bord je suis le maitre

Tous mes copains de port

Ont dû le reconnaître

Je vous demande pour le moment

De mettre la radio en route

            Comme le système est défaillant

Y faut pas qu’on me brouille l’écoute

Et maintenant cap à tribord

Je suis le maître à bord….

 

 

Enfin le  vent mollit et la mer se calme

Et petit à petit, le rythme ralentit

L’équipage est sur le pont, balayé par les lames,

Qui se régale enfin de pain et Vache-Qui-Rit

Vous voyez bien mes braves que la tempête s’éloigne

Déjà la terre est proche, nous sommes à l’abri

Je vais enfin pouvoir desserrer la poigne

De mes mains sur la barre toutes endolories

           

Ahh

Je suis le maitre à bord

A bord je suis le maître

C’était vraiment très fort,

Il me faut bien l’admettre.

Et maintenant route vers le port

Nous allons pouvoir faire la fête

Du rhum, du vin, et du beaufort     

A s’en faire tourner la tête

Mais de repos je rêve d’abord

Je suis le maître encore.

 

Epilogue

Molène a rejoint Karma au ponton du Marin le jour dit, l’équipage au complet.

Ce fut une belle croisière.

 

Sylviane Colléter

 

(1)Et pour ceux qui l’ignorent « Qui voit Molène voit sa ….peine ! ».

(2)Depuis l’expédition toulonnaise, le marteau et le burin sont strictement interdits à bord.

(3)Canal : passage entre les îles, lieu de rencontre entre l’océan Atlantique et  la mer des Caraïbes. En général très aéré…..

(4)Comment ? Vous ne connaissez pas les chants de marins remarquablement interprétés par Mikaël Yaouank ??!!

(5)Le Marin : port d’attache du bateau, au sud de la Martinique….. puisqu’il faut tout vous dire…