L’Abécédaire de la Transatlantique de Malinéro

A comme Avitaillement

En ce qui concerne l’avitaillement, le point le plus important est les boissons dont l’eau. Sur une base de 1,5 litre par personne et par jour, soit une consommation journalière d’environ 10 litres pour l’équipage, nous avons embarqué 240 litres d’eau et avec les sodas et bières environ un total de 280 litres pour une durée estimée de navigation de 20 jours.

B comme Bien Etre

Dire que Malinéro s’est apparenté durant cette traversée à un hôtel cinq étoiles serait certes exagéré ! En revanche, il y a régné une ambiance sereine où chacun était attentif à l’autre, la cuisine y était plutôt bonne parfois améliorée par notre pêche et concernant l’hygiène personnel, nous pouvions prendre de petites douches (deux à trois litres d’eau pour se doucher suffisent).

C comme Communication

Pour communiquer avec la terre, nous étions équipés d’un téléphone satellite de type Iridium Go. Un fois par jour le chef de bord envoyait à un correspondant à terre notre position et un compte-rendu de la journée. En retour, ce dernier nous adressait son analyse de la situation météo et des conseils pour la route à suivre. 

D comme Déchets

A terre, nous générons des déchets et en mer il en est de même. Comment les traiter et où les stocker ? Pour ce qui est des déchets plastiques et notamment des bouteilles plastiques vides qui prennent beaucoup de place, la solution retenue a été de les découper et de les mettre dans des bidons plastiques d’eau vides. Pour les déchets de type organique, épluchures, restes de nourriture, nous les rejetions à la mer et pour le reste nous les mettions dans des sacs poubelle traditionnels. Pour l’espace de stockage, nous avions opté pour la baille à mouillage.

E comme Energie

L’énergie est vitale pour une traversée. Sur Malinéro, elle est stockée sur les cinq batteries de service. Deux sources pour la produire : le moteur et les deux panneaux solaires que nous avions fait spécialement installer pour la traversée. Quant à notre consommation journalière, elle se situait aux alentours de 400 ampères /jour, les deux principales sources de consommation étant le pilote et le réfrigérateur. En fin de nuit, la charge des batteries étant trop basse, nous étions souvent obligés de faire tourner le moteur deux ou trois heures.

F comme Force 8

Force 8, soit un vent soufflant entre 34 à 40 nœuds, est le vent le plus fort que nous ayons rencontré. En général le vent soufflait entre 15 et 30 nœuds.

G comme Gasoil

Le gasoil, indispensable pour avancer lorsqu’il n’y a pas de vent et source d’énergie pour recharger les batteries. Nous avions un réservoir plein, 240 L, plus 60 L en bidon. Sachant qu’à 2 000 tour/mn le moteur consomme environ 3 L /heure et que la vitesse est de 6 nœuds, notre autonomie était de 100 heures et la distance pouvant être parcourue de l’ordre de 600 miles. Pour finir, nous avons utilisé environ 200 litres de gasoil.

H comme Houle

Si vous aimez la houle et sa contrepartie, un bateau qui roule, alors une traversée Cap Vert La Martinique est le programme de navigation idéal. Etant la plupart du temps vent arrière ou grand largue et avec une houle sur notre arrière-tribord, en haut de la vague Malinéro entamait une gîte bâbord puis passer sur une gîte tribord dans le creux de la vague, et rebelote à la vague suivante…Un peu fatigant mais on s’y fait. Quand on fait la cuisine ou la vaisselle ou bien pour les repas, c’est sportif.

I comme Iridium Go

L’Iridium Go est un téléphone satellite et c’est l’équipement que nous avions choisi pour la traversée. Il se présente sous la forme d’un boitier avec une petite antenne. L’intérêt d’embarquer un téléphone satellite réside dans le fait de pouvoir communiquer avec la terre et de télécharger des fichiers météo.

Par rapport à un téléphone satellite traditionnel qui prend la forme d’un combiné, l’Iridium Go permet à chaque équipier en se connectant via son téléphone mobile à celui-ci, d’envoyer et de recevoir des mails et de communiquer en phonie.

Mais pour cela, il est nécessaire de paramétrer les téléphones mobiles or ceci s’est avéré compliqué voire impossible dans certains cas. En définitive, l’avantage d’un Iridium Go ne s’avère donc pas déterminant par rapport à un téléphone satellite traditionnel.

J comme Jojo

Jojo, c’est le nom que nous avions donné au septième passager, notre brave pilote automatique qui a barré 98% du temps et qui n’a décroché qu’une fois. L’avantage de Jojo par rapport à un équipier lambda est qu’il barre aussi bien sinon mieux et surtout qu’il ne se fatigue pas. Le pilote automatique peut s’utiliser en mode cap, on lui donne un cap à suivre, ou en mode vent, on lui donne un angle par rapport au vent à suivre. En général, nous l’avons utilisé en mode cap.

K comme Kilo

Malinéro à vide pèse 10 tonnes. L’avitaillement, l’eau, le gasoil, l’outillage, nos bagages et l’équipage ont constitué un surpoids d’environ 2,5 tonnes.

L comme Loisirs

Les loisirs, cela dépend de chacun. Mais la lecture et les mots fléchés ont constitué les principaux loisirs au cours de la traversée.

M comme Mal de Mer

Parmi les six équipiers à bord, trois étaient susceptibles d’être sujet au mal de mer. Deux équipiers ont opté pour le Scopoderm sous forme de patch, et un pour le Stugeron. Ces traitements pris pendant les premiers jours se sont révélés efficaces. Par la suite, étant marinés aucun de nous n’a été malade alors même que nous avons été bien secoués !

N comme Navigation

CAP 180° pour aller des Canaries au Cap Vert. Au Cap Vert tu tournes à droite, cap 270° !

O comme Ordinateur

En fait, un ordinateur à bord permet de disposer d’un logiciel de navigation, en l’occurrence Time Zero dans notre cas. Fini les cartes papier, fini la navigation à l’estime, avec Time Zéro nous disposions de toutes les cartes dont nous avions besoin. En plus d‘une cartographie, Time Zéro offre aussi d’autres applications très utiles ; on peut y charger des fichiers météo et faire du routage.

P comme Pêche

Sur trois semaines, le bilan au regard de nos espoirs est modeste ! cinq belles dorades coryphènes et deux bonites. Mais la pêche est aussi une occupation et un plaisir dans l’assiette. Du poisson frais améliore très nettement l’ordinaire. Quelques mots sur le matériel utilisé pour la pêche à la traine ; nous nous étions équipés aux Canaries de deux belles canes de pêches équipés de deux moulinets pour la pêche au soi-disant gros (jusqu’à 20 kg, nous avions de l’ambition !). Or, de fabrication chinoise il s’est avéré que ces moulinets très pros d’apparence se sont révélés de très mauvaise qualité et rapidement inefficaces ; on vous a vendu du matériel pour du « petit gros » dixit un équipier !  Mais heureusement l’un de nous avait emporté un bon vieux moulinet traditionnel avec lequel nous avons pu pêcher. Conclusion : n’achetez pas chinois !

Q comme quart

La vie à bord est rythmée par les quarts. À tout moment il y avait toujours deux équipiers de quart. La durée d’un quart était de 3 heures, donc toutes les 6 heures nous étions de nouveau de quart. Point important, nous avions organisé les quarts de façon qu’il y ait une rotation dans les binômes afin de ne pas se retrouver toujours avec le même équipier.

R comme Réparation

Sur un bateau il y a toujours quelque chose à réparer. Entre autres, le tangon que nous avons beaucoup utilisé et plus particulièrement la tête de tangon qui s’est désolidarisée et que nous avons refixée plusieurs fois. Nous sommes aussi intervenus sur une des deux pompes de cale qui s’avérait ne pas fonctionner. Enfin, le gasoil nous a également donné du souci ; ayant constaté une contamination microbienne et afin d’y remédier nous avons dû procéder à une purge régulière du pot de décantation du préfiltre gasoil.

S comme Sécurité

Nos équipements en matière de sécurité : une balise de détresse qui actionnée envoie par voie satellitaire un message à terre indiquant l’identité du navire et sa position. Une VHF ASN dont la portée est limitée à environ 30 miles. Un radeau de survie pour 8 personnes. Deux grab bags, cad des sacs, contenant l’essentiel en cas d’évacuation. Trois bidons d’eau de 10 litres. Enfin chaque équipier était muni d’un gilet équipé d’une balise permettant de le localiser au cas où il tombe à la mer.

T comme Traversée

En résumé notre traversée c’est :

- départ Santa Cruz de Tenerife le 22/11 à 22 H, arrivée à Mindelo le 29/11 à 1 H sur l’ile de Sao Vicente au Cap vert, soit 880 miles parcourus en 6 jours dont un jour de moteur.

- deux jours d’escale à Mindelo

- départ de Minddelo le 01/12 à 10 H, arrivée au Marin à La Martinique le 15/11 à 8 H, soit 2290 miles parcourus en 14 jours dont deux jours au moteur.

Notre meilleure moyenne journalière a été de 180 milles. La vitesse la plus élevée a été de 11 nœuds lors de surf dans la houle.

Notre route de Mindelo au Marin nous a fait évoluer entre le 14°55’ et le 17° de latitude nord. 

U comme Utile

Joker !

V comme Vent

De Santa Cruz de Ténérife à Sao Vincente au Cap Vert nous avons eu un vent au NNE de 15 à 25 nœuds et nous étions grand largue. De Sao Vincente à La Martinique, nous avons bénéficié des Alizés qui étaient bien établis. Durant la première semaine de traversée, ils soufflaient plein Est de façon soutenue entre 25 à 35 nœuds, voire 40 nœuds et nous naviguions vent arrière. Durant la deuxième semaine, nous avons continué à naviguer vent arrière mais les Alizés ont baissé en intensité et nous avons même dû faire deux jours de moteur.

W comme Whisky

Ou comme apéritif, c’était un rituel tous les soirs. Mais nous avions prévu un peu court car quelques jours avant notre arrivée nos apéritifs étaient à l’eau !

X comme Inconnue

En mathématique, X est l’inconnue et au cours d’une traversée de nombreuses inconnues, qui peuvent se définir comme des imprévus, peuvent survenir. En ce qui nous concerne, nous avons connu deux imprévus majeurs. Le premier, la perte de notre Iridium Go ; il était dehors sur la table du cockpit pour une meilleure réception et alors que les conditions étaient assez calmes, une vague un peu scélérate nous l’a jeté par-dessus bord. N’ayant plus de moyen de communication, nous avons décidé une escale au Cap Vert pour donner de nos nouvelles et ensuite s’équiper d’un nouveau téléphone satellite. Problème, au Cap Vert il n’existe pas de revendeurs de téléphone satellite mais la chance nous a souri puisque nous en avons trouvé un d’occasion. Le second imprévu a été notre bôme qui s’est cassée lors d’un empannage incontrôlé pendant un grain. Cela nous est arrivé à cinq jours de navigation de la Martinique. La seule conséquence a été de nous ralentir un peu puisque nous étions seulement sous génois tangonné.

Y comme Yankee

Pour les fins connaisseurs de la pavillonnerie utilisée en régate, le pavillon Y, autrement dit Yankee, signifie « port du gilet obligatoire ». Pour nous, de nuit nous étions sous pavillon Yankee et attachés au bateau par une longe. Mieux vaut prévenir que guérir !

Z comme Zoulou

Il fallait être un peu zoulou pour accepter de passer vingt jours à se faire secouer ! Mais tous les membres qui ont participé à cette traversée ne le regrettent pas et sont d’accord pour dire qu’une traversée transatlantique sur un voilier est une expérience humaine et nautique unique et très enrichissante.

 

Patrick Dormeau