L’Abécédaire de la Transatlantique de Malinéro

A comme Avitaillement

En ce qui concerne l’avitaillement, le point le plus important est les boissons dont l’eau. Sur une base de 1,5 litre par personne et par jour, soit une consommation journalière d’environ 10 litres pour l’équipage, nous avons embarqué 240 litres d’eau et avec les sodas et bières environ un total de 280 litres pour une durée estimée de navigation de 20 jours.

B comme Bien Etre

Dire que Malinéro s’est apparenté durant cette traversée à un hôtel cinq étoiles serait certes exagéré ! En revanche, il y a régné une ambiance sereine où chacun était attentif à l’autre, la cuisine y était plutôt bonne parfois améliorée par notre pêche et concernant l’hygiène personnel, nous pouvions prendre de petites douches (deux à trois litres d’eau pour se doucher suffisent).

C comme Communication

Pour communiquer avec la terre, nous étions équipés d’un téléphone satellite de type Iridium Go. Un fois par jour le chef de bord envoyait à un correspondant à terre notre position et un compte-rendu de la journée. En retour, ce dernier nous adressait son analyse de la situation météo et des conseils pour la route à suivre. 

D comme Déchets

A terre, nous générons des déchets et en mer il en est de même. Comment les traiter et où les stocker ? Pour ce qui est des déchets plastiques et notamment des bouteilles plastiques vides qui prennent beaucoup de place, la solution retenue a été de les découper et de les mettre dans des bidons plastiques d’eau vides. Pour les déchets de type organique, épluchures, restes de nourriture, nous les rejetions à la mer et pour le reste nous les mettions dans des sacs poubelle traditionnels. Pour l’espace de stockage, nous avions opté pour la baille à mouillage.

E comme Energie

L’énergie est vitale pour une traversée. Sur Malinéro, elle est stockée sur les cinq batteries de service. Deux sources pour la produire : le moteur et les deux panneaux solaires que nous avions fait spécialement installer pour la traversée. Quant à notre consommation journalière, elle se situait aux alentours de 400 ampères /jour, les deux principales sources de consommation étant le pilote et le réfrigérateur. En fin de nuit, la charge des batteries étant trop basse, nous étions souvent obligés de faire tourner le moteur deux ou trois heures.

F comme Force 8

Force 8, soit un vent soufflant entre 34 à 40 nœuds, est le vent le plus fort que nous ayons rencontré. En général le vent soufflait entre 15 et 30 nœuds.

G comme Gasoil

Le gasoil, indispensable pour avancer lorsqu’il n’y a pas de vent et source d’énergie pour recharger les batteries. Nous avions un réservoir plein, 240 L, plus 60 L en bidon. Sachant qu’à 2 000 tour/mn le moteur consomme environ 3 L /heure et que la vitesse est de 6 nœuds, notre autonomie était de 100 heures et la distance pouvant être parcourue de l’ordre de 600 miles. Pour finir, nous avons utilisé environ 200 litres de gasoil.

H comme Houle

Si vous aimez la houle et sa contrepartie, un bateau qui roule, alors une traversée Cap Vert La Martinique est le programme de navigation idéal. Etant la plupart du temps vent arrière ou grand largue et avec une houle sur notre arrière-tribord, en haut de la vague Malinéro entamait une gîte bâbord puis passer sur une gîte tribord dans le creux de la vague, et rebelote à la vague suivante…Un peu fatigant mais on s’y fait. Quand on fait la cuisine ou la vaisselle ou bien pour les repas, c’est sportif.

I comme Iridium Go

L’Iridium Go est un téléphone satellite et c’est l’équipement que nous avions choisi pour la traversée. Il se présente sous la forme d’un boitier avec une petite antenne. L’intérêt d’embarquer un téléphone satellite réside dans le fait de pouvoir communiquer avec la terre et de télécharger des fichiers météo.

Par rapport à un téléphone satellite traditionnel qui prend la forme d’un combiné, l’Iridium Go permet à chaque équipier en se connectant via son téléphone mobile à celui-ci, d’envoyer et de recevoir des mails et de communiquer en phonie.

Mais pour cela, il est nécessaire de paramétrer les téléphones mobiles or ceci s’est avéré compliqué voire impossible dans certains cas. En définitive, l’avantage d’un Iridium Go ne s’avère donc pas déterminant par rapport à un téléphone satellite traditionnel.

J comme Jojo

Jojo, c’est le nom que nous avions donné au septième passager, notre brave pilote automatique qui a barré 98% du temps et qui n’a décroché qu’une fois. L’avantage de Jojo par rapport à un équipier lambda est qu’il barre aussi bien sinon mieux et surtout qu’il ne se fatigue pas. Le pilote automatique peut s’utiliser en mode cap, on lui donne un cap à suivre, ou en mode vent, on lui donne un angle par rapport au vent à suivre. En général, nous l’avons utilisé en mode cap.

K comme Kilo

Malinéro à vide pèse 10 tonnes. L’avitaillement, l’eau, le gasoil, l’outillage, nos bagages et l’équipage ont constitué un surpoids d’environ 2,5 tonnes.

L comme Loisirs

Les loisirs, cela dépend de chacun. Mais la lecture et les mots fléchés ont constitué les principaux loisirs au cours de la traversée.

M comme Mal de Mer

Parmi les six équipiers à bord, trois étaient susceptibles d’être sujet au mal de mer. Deux équipiers ont opté pour le Scopoderm sous forme de patch, et un pour le Stugeron. Ces traitements pris pendant les premiers jours se sont révélés efficaces. Par la suite, étant marinés aucun de nous n’a été malade alors même que nous avons été bien secoués !

N comme Navigation

CAP 180° pour aller des Canaries au Cap Vert. Au Cap Vert tu tournes à droite, cap 270° !

O comme Ordinateur

En fait, un ordinateur à bord permet de disposer d’un logiciel de navigation, en l’occurrence Time Zero dans notre cas. Fini les cartes papier, fini la navigation à l’estime, avec Time Zéro nous disposions de toutes les cartes dont nous avions besoin. En plus d‘une cartographie, Time Zéro offre aussi d’autres applications très utiles ; on peut y charger des fichiers météo et faire du routage.

P comme Pêche

Sur trois semaines, le bilan au regard de nos espoirs est modeste ! cinq belles dorades coryphènes et deux bonites. Mais la pêche est aussi une occupation et un plaisir dans l’assiette. Du poisson frais améliore très nettement l’ordinaire. Quelques mots sur le matériel utilisé pour la pêche à la traine ; nous nous étions équipés aux Canaries de deux belles canes de pêches équipés de deux moulinets pour la pêche au soi-disant gros (jusqu’à 20 kg, nous avions de l’ambition !). Or, de fabrication chinoise il s’est avéré que ces moulinets très pros d’apparence se sont révélés de très mauvaise qualité et rapidement inefficaces ; on vous a vendu du matériel pour du « petit gros » dixit un équipier !  Mais heureusement l’un de nous avait emporté un bon vieux moulinet traditionnel avec lequel nous avons pu pêcher. Conclusion : n’achetez pas chinois !

Q comme quart

La vie à bord est rythmée par les quarts. À tout moment il y avait toujours deux équipiers de quart. La durée d’un quart était de 3 heures, donc toutes les 6 heures nous étions de nouveau de quart. Point important, nous avions organisé les quarts de façon qu’il y ait une rotation dans les binômes afin de ne pas se retrouver toujours avec le même équipier.

R comme Réparation

Sur un bateau il y a toujours quelque chose à réparer. Entre autres, le tangon que nous avons beaucoup utilisé et plus particulièrement la tête de tangon qui s’est désolidarisée et que nous avons refixée plusieurs fois. Nous sommes aussi intervenus sur une des deux pompes de cale qui s’avérait ne pas fonctionner. Enfin, le gasoil nous a également donné du souci ; ayant constaté une contamination microbienne et afin d’y remédier nous avons dû procéder à une purge régulière du pot de décantation du préfiltre gasoil.

S comme Sécurité

Nos équipements en matière de sécurité : une balise de détresse qui actionnée envoie par voie satellitaire un message à terre indiquant l’identité du navire et sa position. Une VHF ASN dont la portée est limitée à environ 30 miles. Un radeau de survie pour 8 personnes. Deux grab bags, cad des sacs, contenant l’essentiel en cas d’évacuation. Trois bidons d’eau de 10 litres. Enfin chaque équipier était muni d’un gilet équipé d’une balise permettant de le localiser au cas où il tombe à la mer.

T comme Traversée

En résumé notre traversée c’est :

- départ Santa Cruz de Tenerife le 22/11 à 22 H, arrivée à Mindelo le 29/11 à 1 H sur l’ile de Sao Vicente au Cap vert, soit 880 miles parcourus en 6 jours dont un jour de moteur.

- deux jours d’escale à Mindelo

- départ de Minddelo le 01/12 à 10 H, arrivée au Marin à La Martinique le 15/11 à 8 H, soit 2290 miles parcourus en 14 jours dont deux jours au moteur.

Notre meilleure moyenne journalière a été de 180 milles. La vitesse la plus élevée a été de 11 nœuds lors de surf dans la houle.

Notre route de Mindelo au Marin nous a fait évoluer entre le 14°55’ et le 17° de latitude nord. 

U comme Utile

Joker !

V comme Vent

De Santa Cruz de Ténérife à Sao Vincente au Cap Vert nous avons eu un vent au NNE de 15 à 25 nœuds et nous étions grand largue. De Sao Vincente à La Martinique, nous avons bénéficié des Alizés qui étaient bien établis. Durant la première semaine de traversée, ils soufflaient plein Est de façon soutenue entre 25 à 35 nœuds, voire 40 nœuds et nous naviguions vent arrière. Durant la deuxième semaine, nous avons continué à naviguer vent arrière mais les Alizés ont baissé en intensité et nous avons même dû faire deux jours de moteur.

W comme Whisky

Ou comme apéritif, c’était un rituel tous les soirs. Mais nous avions prévu un peu court car quelques jours avant notre arrivée nos apéritifs étaient à l’eau !

X comme Inconnue

En mathématique, X est l’inconnue et au cours d’une traversée de nombreuses inconnues, qui peuvent se définir comme des imprévus, peuvent survenir. En ce qui nous concerne, nous avons connu deux imprévus majeurs. Le premier, la perte de notre Iridium Go ; il était dehors sur la table du cockpit pour une meilleure réception et alors que les conditions étaient assez calmes, une vague un peu scélérate nous l’a jeté par-dessus bord. N’ayant plus de moyen de communication, nous avons décidé une escale au Cap Vert pour donner de nos nouvelles et ensuite s’équiper d’un nouveau téléphone satellite. Problème, au Cap Vert il n’existe pas de revendeurs de téléphone satellite mais la chance nous a souri puisque nous en avons trouvé un d’occasion. Le second imprévu a été notre bôme qui s’est cassée lors d’un empannage incontrôlé pendant un grain. Cela nous est arrivé à cinq jours de navigation de la Martinique. La seule conséquence a été de nous ralentir un peu puisque nous étions seulement sous génois tangonné.

Y comme Yankee

Pour les fins connaisseurs de la pavillonnerie utilisée en régate, le pavillon Y, autrement dit Yankee, signifie « port du gilet obligatoire ». Pour nous, de nuit nous étions sous pavillon Yankee et attachés au bateau par une longe. Mieux vaut prévenir que guérir !

Z comme Zoulou

Il fallait être un peu zoulou pour accepter de passer vingt jours à se faire secouer ! Mais tous les membres qui ont participé à cette traversée ne le regrettent pas et sont d’accord pour dire qu’une traversée transatlantique sur un voilier est une expérience humaine et nautique unique et très enrichissante.

 

Patrick Dormeau

Nous sommes retournés en Egypte récupérer Petit Prince pendant les vacances de la Toussaint, où les T°C sont plus agréables et le vent meilleur que pendant l’été. Manue préférant rester en France et poursuivre sa formation, je suis parti avec les enfants, mon oncle Pierre, un ami Masaro et son fils Max de 16 ans.

Le départ de Port Ghalib a été un peu long : les autorités ont mis 5 jours pour nous donner le permis de naviguer dans les eaux Egyptiennes, ce qui nous a fait louper une belle fenêtre météo. Pendant ce temps, nous avons bien profité de la piscine de l’hôtel et des très beaux fonds marins à proximité.

Nous sommes partis de Port Ghalib tantôt à la voile, tantôt au moteur. Un poisson certainement très gros a mordu à l’hameçon et a vidé la moitié du moulinet avant de s’échapper... Notre performance pêche dans cette partie de la Mer Rouge aura été déplorable, étant donné que quelques jours plus tard, il est arrivé la même chose à l’hameçon qui nous avait été donné en Nouvelle Calédonie par l’Adie.

Le vent n’arrêtant pas de monter, nous nous sommes retrouvés au niveau de Hurghada à remonter à la voile du force 6. Un bruit anormal s’est fait entendre au niveau de l’arbre d’hélice ; Hurghada étant la dernière halte possible avant Suez, nous avons pris la décision de nous y arrêter pour diagnostiquer ce bruit. La nuit suivante a été éprouvante pour les passagers car le vent a encore monté ce qui, avec la gîte et les vagues, a rendu les équipiers malades.

Max et Pierre ayant en plus des activités prévues en France, ils ont profité de cette halte pour repartir en avion. Deux mécaniciens sont montés à bord et ont réaligné le moteur avec l’arbre d’hélice, à la suite de quoi nous avons pu repartir. Nous avons fait quelques mouillages le long du Sinaï pour laisser passer les coups de vent successifs, jusqu’à notre arrivée à Suez. Nous y sommes restés 2 jours, en attendant notre passage dans le canal et l’obtention des papiers nous autorisant à quitter l’Egypte. Un employé du bateau est monté à bord pour mesurer la jauge du bateau. Beaucoup de bakchichs et de cadeaux ont dû être distribués …

Le passage du canal s’est fait en 2 jours, tout au moteur, avec un pilote différent chaque jour. Le premier jour, départ vers 10h du matin. Nous avons croisé un convoi descendant : il n’y avait pas beaucoup de place entre les gros cargos et le bord du canal ! Nous sommes arrivés à Ismaïlia vers 22h, pour y passer la nuit. Le lendemain, un nouveau pilote est arrivé vers 8h, et nous a amenés à travers les pêcheurs, les convois montant et descendants jusqu’à la Méditerranée.

Nous ne nous sommes pas arrêtés à Port Saïd car nous avions là une belle fenêtre météo qui était déjà en train de se refermer pour rejoindre la Crête. Nous avons pu débuter le parcours à la voile, en reprenant les habitudes de navigation en pleine mer : des nuits tranquilles sans aucun navire à l’horizon, les spectacles des planctons fluorescents, 1 poisson volant retrouvé sur le pont le lendemain matin. Nous avons été accompagnés pendant cette traversée par un petit oiseau, genre moineau, un papillon et une libellule ! Nous avons renoué avec la pêche, en attrapant 2 bonites et 1 dorade coryphène le dernier jour.

Nous avons vu nos premiers nuages la veille de notre arrivée en Crête, et nos premières gouttes de pluie la nuit suivante, avec spectacle d’éclairs dans les montagnes crétoises. Heureusement la pluie n’a pas duré et nous avons eu 25-30°C avec grand ciel bleu jusqu’à la fin de notre séjour. Nous nous sommes arrêtés à Agyos Nikolaos, où nous avons été accueillis par des gens charmants, dans une marina remplie de bateaux habités par des gens à la recherche d’un hiver plus doux.

Nous sommes si contents d’avoir réussi à rejoindre la Grèce, le bateau nous semble si près maintenant ! Nous allons continuer à la rapprocher de la France à l’occasion des vacances scolaires successives. Le voyage n’est toujours pas terminé !

 

 

Djibouti, notre dernière étape, n’a pas beaucoup changé depuis mon dernier passage il y a 10 ans… Toujours un très bon approvisionnement en tout, et, particulièrement apprécié, en produits franco-français : vin, pâté, couscous Garbit, compotes en pots… Nous étions vides en presque tout après notre si longue traversée de l’Océan Indien, tout a été rerempli !

Rien n’a été fait pour faciliter la vie des voiliers. Pourtant nous sommes nombreux à nous y arrêter, étant la seule escale entre l’Inde et l’Egypte, depuis que Aden n’est plus accessible. La sécurité à Djibouti a été améliorée, puisque maintenant le mouillage se trouve tout près du port de pêche gardé par les garde-côtes. On ne rencontre plus le « chef des voleurs » lorsqu’on laisse l’annexe à terre. Les différents pleins se font toujours par bidonnage jusqu’en ville, avec notre pauvre annexe qui n’en pouvait plus. Heureusement les garde-côtes nous ont aidé, les pêcheurs aussi (encouragés par le Sergent Saïd).

Ma vision de Djibouti a surtout été changée par les enfants : ils m’ont permis de découvrir les plages de sable avec une eau presque trop chaude, où les djiboutiens passent leurs week-ends, et les parcs de jeux où les enfants se retrouvent après l’école. Un vrai changement d’ambiance.

Notre départ a été choisi sur une bonne fenêtre météo qui nous a permis de parcourir la moitié de la Mer Rouge avec un vent favorable ou sans vent, ce qui est mieux que contre le vent. Au passage des portes de Bob El Mandheb, à l’entrée sud de la Mer Rouge, nous avons battu notre record de vent, > 36Nds, au portant et presque à sec de toile. Après le passage des portes, la routine de nos navigations a repris : pêche, de très nombreux spectacles de dauphins, jeux, dessins, cours… Nous avons hébergé le temps d’une nuit une sauterelle, puis un petit oiseau, qui nous ont tenu compagnie.

Puis vint notre aventure avec nos 2 réfugiés Yéménites, les détails sont ici.

Nous nous sommes ensuite abrités avant un coup de vent à Marsa Halaib, à la frontière Soudan – Egypte, où nous sommes restés 2 jours. L’ancre a dérapé 2 fois à cause du vent, heureusement nous étions là pour la replanter. L’eau était déjà un peu trop froide pour qu’on puisse y rester longtemps, j’ai donc installé une balançoire sur la bôme pour occuper les enfants.

Nous sommes repartis, au pré, puis sans vent, puis au vent portant, arrivant enfin jusqu’à Port Ghalib en Egypte. L’eau de la mer, comme celle de la piscine, est devenue encore plus froide. Plus du tout envie d’en profiter !

Et mon patron m’attend la semaine prochaine… Il ne nous est pas possible de poursuivre le voyage et d’atteindre la Crête, la prochaine étape de notre périple. Non pas que je n’ai plus de congés payés, mais à la différence du congé parental qui est à la main de l’employé, les congés payés le sont à la main du patron… Qui n’a pas voulu valider les nombreux jours qu’il me reste à prendre : je suis attendu à la raffinerie le 16 avril.

Après quelques jours de visite de l’Egypte, nous allons donc rentrer en France pour reprendre notre vie d’avant, en laissant Petit Prince à Port Ghalib. Pour nous, le temps de cette belle parenthèse autour du monde en famille est écoulé. La fin du voyage se fera au gré de nos congés, par sauts de puce d’Egypte jusqu’en Grèce, puis en Italie, puis en France, peut-être, enfin, qui sait.

Cette aventure aura été formidable, tout comme Petit Prince d'ailleurs. Heureusement elle n’est pas tout à fait terminée !

 

 

Et c’est dans une mer très agitée, par 20Nds de vent au pré serré, 2 ris dans la grand-voile et un petit bout de génois, que s’est probablement produit l’événement le plus marquant de notre tour du monde. Au petit matin, nous avons croisé en pleine mer une embarcation motorisée en bois avec 2 personnes à bord. Ce n’est pas courant aussi loin des côtes, quoi qu’on puisse croiser des pêcheurs assez loin en mer. Mais ce n’étaient pas des pêcheurs : au lieu d’avoir des filets de pêche à bord, leur bateau était plein de bidons d’essence, plusieurs centaines de litres. Ils venaient vers nous, nous parlaient en arabe avec de grands gestes, repartaient dans une direction, puis une autre, revenaient… Soudain, ils s’approchèrent jusqu’à nous aborder. L’un des 2 tenta de monter à bord. Il tenait en équilibre sur le bord du bateau, prêt à tomber à l’eau. Il n’avait pas l’air agressif, je l’ai aidé à enjamber la filière du bateau. Chose incroyable, le 2° occupant le suivit, abandonnant leur embarcation… Ils me firent signe de la laisser là, se mirent à pleurer.

Après avoir vérifié qu’ils allaient bien, j’ai fait demi-tour pour aller quand même récupérer leur bateau. Nous avons passé une amarre sur leur taquet, qui a cédé au bout de quelques minutes. Puis sur leur anneau de cadène. Quelques minutes plus tard, ce fut l’amarre, trop courte et tendue, qui a cédé. Me rappelant des exercices de remorquages avec la SNSM de Nouméa, j’ai passé une amarre plus longue : il fallait que sous la tension, elle ne sorte pas de l’eau, si mes souvenirs sont bons.

Nous avons offert des habits secs à nos rescapés, qui nous expliqué venir du Yémen. Nous leur avons préparé à manger, donné à boire. Ils étaient fatigués. Ils s’étaient perdus, sans carte et sans boussole par cette journée couverte : sans le soleil, impossible de trouver le nord. Et ils s’étaient bien fait secouer par la houle. Nous étions à 500km de leurs côtes, ils avaient parcouru une sacrée distance ! Dégoutés de la mer, ils avaient hâte semble-t-il que tout cela se termine.

Nous avons commencé à reprendre notre route. Vitesse : 1.5Nds, ralentis par le bateau remorqué. Ce n’était pas ainsi que nous allions pouvoir rejoindre les côtes d’Egypte ou du Soudan, à plusieurs centaines de km. Par contre Jeddah n’était pas très loin, à peine 60km. Problème : les navires étrangers n’ont pas le droit d’approcher ni de s’arrêter en Arabie Saoudite, sous peine de prison. Alors, y aller sans être attendu, et avec des clandestins à bord… J’ai choisi l’option Appel à un Ami, qui était dans notre cas l’Ambassade de France à Riyad. Merci à David pour m’avoir donné le numéro à appeler, et au téléphone satellite qui n’aura jamais autant fonctionné que cette journée.

Après un début lent (pas de réponse claire sur la démarche à suivre avant plusieurs heures), tout s’est mis en route très vite. Le téléphone s’est mis à crépiter : l’ambassade, le consulat de France à Jeddah, le CROSS Gris-Nez en Bretagne qui a coordonné les opérations avec le MRCC de Jeddah et nous appelait chaque heure pour prendre de nos nouvelles, et les militaires des forces françaises Alindien qui couvrent la zone.

Nous avons finalement reçu l’autorisation de faire route vers Jeddah. A notre vitesse, cela nous a fait arriver à un point de rendez-vous la nuit suivante. Point de rendez-vous donné en pleine mer, dans un endroit pas du tout abrité du vent ni des vagues. Nous avons jeté l’ancre par 20m de fonds en attendant une première vedette des garde-côtes saoudiens. Petit Prince roulait au mouillage, la vedette des garde-côtes aussi à son arrivée. La mise à couple s’est mal passée : à peine le temps d’embarquer un militaire et un médecin, tous les chandeliers de notre bâbord étaient par terre… Triste spectacle.

On nous a ensuite demandé de lever l’ancre et d’aller rejoindre un patrouilleur pour débarquer tout le monde. Et là, rebelote : lors de la mise à couple avec un bateau militaire plus grand que le haut de notre mât, c’est cette fois le côté tribord qui a pris cher. Mais impossible de les faire changer d’avis, ils ne voulaient pas que les yéménites débarquent à terre. Ils ne voulaient pas qu’on aille se mettre à quai en sécurité pour débarquer nos migrants. L’opération devait se faire en plein mer. On devine pourquoi. Et par 20 Nds de vent sans zone abritée, nous n’avons pas réussi à éviter la casse. Dans l’émotion, qui était de chaque côté, le militaire a oublié sa kalachnikov à bord. J’ai pu la leur rendre sans avoir à faire une 3° mise à couple, heureusement.

Les saoudiens se sont montrés honnêtes. Une fois les Yéménites débarqués sur leur patrouilleur, ils nous ont autorisé à rejoindre le port de Jeddah pour réparer. Nous aurions pu poursuivre notre route, mais il n’aurait plus été possible d’aller à l’avant du bateau sans risquer de tomber à l’eau. Et cette escale forcée n’était pas pour me déplaire : nous avions beaucoup consommé de gasoil pendant la première moitié de la traversée de la Mer Rouge, l’idée de pouvoir refaire le plein me plaisait, et surtout la météo continuait à être rude (fort vent de face) pendant les jours suivants.

Nous sommes donc allés vers Jeddah, naviguant toute la nuit pour une arrivée le lendemain matin, où un remorqueur nous a escortés jusqu’au port. Accueil des officiels, qui nous ont cependant rappelé que sans visa saoudien obtenu à l’avance, nous n’avions pas le droit de quitter le port. Les personnes du consulat de France, eux, n’avaient pas le droit de rentrer dans le port pour venir nous voir…

Les gens du port avaient beaucoup d’attention pour nous : ils nous amenaient des repas préparés, des sacs pleins de biscuits et de nourriture, alors que nous ne manquions de rien à bord. Et nous avons finalement été reçus comme des émirs dans cette prison dorée : tout nous était offert, y compris le plein de gasoil, une liste de courses, et surtout le coût des réparations. Il n’y a pas beaucoup de pays qui en auraient fait de même.

Les réparations ont été faites en une journée dans le chantier naval de la ville par une dizaine de personnes qui travaillaient simultanément à bord : découpe de métal, soudure, découpe de bois, peinture, etc. Les éléments de sécurité du bateau ont pu être réparés, mais pas les bosses dans la coque (il aurait fallu tout démonter de l’intérieur, mais comme nous n’avions pas le droit de quitter le bateau, où dormir, où manger…) Et surtout nous avions hâte de repartir, une courte fenêtre météo s’est présentée le lendemain du jour où les réparations se terminaient ! Nous avons donc dit merci et au-revoir au capitaine du port, au directeur du MRCC qui avaient veillé sur nos besoins matériels pendant notre arrêt à Jeddah. J’ai décliné leur offre de nous faire escorter par des bateaux remorqueurs pour sortir du port.

Petit Prince est reparti de cette aventure avec quelques bosses, rien de grave heureusement si la corrosion ne s’installe pas dessous. Nous aurons eu la « chance » de nous arrêter en Arabie Saoudite, ce qui n’est pas donné à tout le monde, même si nous n’en avons vu que le port. Refait le plein de produits frais, gasoil, pour un nouveau départ vers la suite de la Mer Rouge.

Et nos migrants, il a été impossible pour moi d’avoir de leurs nouvelles. Lors des différents interrogatoires auxquels j’ai eu droit (autour d’un café saoudien accompagné de dattes), j’ai dû dire, écrire à de nombreuses reprises que je ne les ai pas vu jeter quoi que ce soit de leur embarcation avant de venir à nous ; ni qu’ils sentaient une odeur particulière… Il ne nous reste plus qu’à leur souhaiter un bon démarrage dans leur nouvelle vie ! Démarrage qu’ils prennent un peu à la légère, puisque je leur avais donné à chacun un billet de 50$ australien, qu’ils ont joué entre eux à Pierre-Feuille-Ciseau !!

Petit Prince et son équipage viennent d’arriver à Djibouti, aux portes de la Mer Rouge !

Notre traversée de cette 2° partie de l’Océan Indien, du Sri Lanka jusqu’à Djibouti, aura été notre plus longue traversée en durée de notre tour autour du monde : 24 jours, tout juste ½ jour de plus que notre traversée du Pacifique, pourtant plus longue en distance.

En cause, un faible vent qui nous a accompagnés presque tout le long du parcours : pendant le tiers du temps, nous avons avancé à moins de 3.5Nds (6km/h), la vitesse d’un marcheur rapide… Alors que l’objectif était de traverser un océan… Nous avons chanté maintes fois la chanson du Petit Navire :-)

L’avantage premier était que nous n’étions pas trop secoués : les cours du CNED ont bien pu avancer, et les créations artistiques de la traversée ont été très riches ! Qui plus est, aucune pluie, beaucoup de levers et de couchers de soleil, et de belles nuits étoilées.

Cette traversée n’a pas été morose pour autant : le 25 février, nous avons fêté les 3 ans de Aurore avec gâteau d’anniversaire et bougies d’anniversaires comme il se doit. Une semaine plus tard, festivités de mi-parcours avec confit de canard et un spectacle insolite offert par la « nature » : flottait là dans une mer calme, à des milliers de km des côtes les plus proches, une sandalette avec dessus un petit crabe vivant, et sous son ombre un petit poisson les accompagnant ! Peut-on en déduire que les déchets en plastique abritent la vie ?

Petit à petit, l’air se rafraichissait en soirée, nous amenant à porter une petite veste après le coucher du soleil. Nous avons vu réapparaitre la Grande Ourse et l’Etoile Polaire. Des dauphins virevoltants nous ont accompagnés à plusieurs reprises, ainsi que des malheureux thons et dorades coryphènes mordant à notre hameçon nous accompagnant lors de nos repas.

Nous avons vu réapparaitre les oiseaux de mer quelques jours avant notre entrée dans le Golfe d’Aden. L’un d’eux est venu se poser sur le pont et s’est empêtré dans le filet des filières du bateau… D’un commun accord, nous avons préféré le libérer que de le passer à la casserole !  Il n’était pas bien gros. Et vexé de s’être laissé piéger, après avoir été libéré, il s’en est allé faire ses besoins sur le panneau solaire. Quelle ingratitude.

Dans le Golfe d’Aden, nous avons navigué au milieu du trafic intense des cargos surveillés par différentes armées du monde. Nous avons été contactés plusieurs fois pour prises d’informations (qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, etc.) Nous sommes passés sans rien à signaler, comme la trentaine de voiliers qui s’étaient inscrits sur le site de Red Sean 2019, et probablement beaucoup d’autres non inscrits.

Ensuite, nous nous sommes dirigés vers Djibouti, en l’absence de fenêtre météo favorable pour remonter la Mer Rouge, mais aussi et surtout pour refaire les pleins d’eau, de diesel, de gaz, de nourriture fraiche, etc. Des dauphins sont d’ailleurs venus nous y accueillir !

Nous ne devrions pas tarder à repartir, car une fenêtre météo semble s’ouvrir dans les jours qui viennent… Alors, à bientôt !

Pierre-Emmanuel, pour tout l’équipage